Un médicament pour aller mieux ?

Lorsqu'une personne souffre psychologiquement, il n'est pas rare qu'elle ait recours aux médicaments, par le biais de son médecin généraliste ou d'un médecin psychiatre. En effet, seuls les médecins sont habilités à pouvoir délivrer des ordonnances (nécessaires pour ce genre de médicaments). Un médicament oui, mais où est le juste milieu entre l'abus et l'usage ?

 

Il est crucial de comprendre le rôle de ces médicaments afin de pouvoir les utiliser à bon escient. Je vous propose de vous présenter les différentes catégories de médicaments utilisés pour traiter les problèmes psychiques.

 

Les hypnotiques ou somnifères (comme le Stilnox ou le Noctamide) sont de très loin les médicaments psychiques les plus consommés en France. Ils permettent aux personnes qui ont des troubles de l'endormissement ou des troubles du sommeil de s'endormir de manière rapide et efficace. Cependant, ces médicaments ne sont pas sans risque : ils provoquent une dépendance tenace, et sont liés à de nombreux problèmes médicaux. C'est pourquoi il est recommandé aux médecins de ne prescrire ces médicaments que sur des courtes périodes, ce qui n'est pas toujours le cas... Ce médicament se doit d'être prescrit dans une visée curative brève, comme le serait une béquille lors d'une fracture à la jambe : efficace pour marcher, mais qui ne résout pas le problème à long terme. Dans l'idée de poursuivre cette métaphore, on pourrait dire que le plâtre apposé lors de la fracture serait constitué par une psychothérapie : le plâtre peut être lourd à porter tout les jours, mais une fois retiré, le membre retrouve ses fonctions saines, et sans béquille. Avoir des problèmes à l'endormissement ou pendant le sommeil vient très souvent traduire une souffrance psychique, qui, pour être traitée, devra être verbalisée et travaillée.

 

 

 

Les anxiolytiques (comme le Xanax ou Lysanxia) font également partie de ces "médicaments béquille" qui ne devraient être prescrits que sur de courtes périodes, 6 mois au maximum. Ils appartiennent pour la plupart à la même classe que les hypnotiques, celle des "benzodiazépines". Ces médicaments possèdent eux aussi un fort potentiel addictif, mais ils permettent de soulager efficacement les manifestations de l'angoisse et de l'anxiété. Que ce soit lorsque l'angoisse apparait en crise lors d'une attaque de panique, ou lorsqu'il s'agit d'une anxiété plus diffuse, ces médicaments permettent un mieux être, mais temporairement. En effet, en plus des risques de dépendance, il y a aussi nécessairement un phénomène d'accoutumance : pour avoir le même effet que les premières fois, il faudra augmenter les doses.

En plus des risques à long terme et des risques liés à la dépendance, somnifères et anxiolytiques présentent des risques majeurs en cas de surdosage : somnolence, baisse de la vigilance, voire perte de connaissance et arrêt respiratoire lors de doses élevées.

L'angoisse et l'anxiété sont des signaux internes qui émanent du psychisme pour venir dire que quelque chose ne va pas. Le médicament peut venir soulager un temps la souffrance, mais le problème de fond ne se règle pas toujours tout seul. En ce cas, il peut être judicieux de consulter un psychologue pour venir à bout de ce problème. Cela prend plus de temps et d'investissement que de prendre un médicament, mais cela coûte moins au corps et le changement est bien plus durable.

 

 

Les antidépresseurs (comme le Prozac ou le Deroxat) sont des médicaments utilisés dans le traitement de la dépression. Toutefois, leurs applications au delà de la dépression peuvent être multiples. Il en existe plusieurs classes, qui ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients. Contrairement aux deux classes de médicament citées plus haut, les antidépresseurs sont prescrits sur des périodes de temps plus longues, généralement plusieurs mois. En effet, les anxiolytiques et hypnotiques agissent sur les "voies courtes" du cerveau, c'est à dire qu'une fois ingérés, leurs effets se font ressentir en quelques minutes. À l'inverse, les antidépresseurs agissent sur les "voies longues", et peuvent mettre jusqu'à plusieurs semaines à faire effet. Ces médicaments ont un effet significatif chez environ 60% des patients traités, mais entrainent un certain nombre d'effets secondaires, du plus bénin au plus indésirable. Par contre, ceux-ci n'entrainent pas de phénomène de dépendance ou d'accoutumance. Mais même si avec ce genre de médicaments le traitement est plus long, là encore, leur efficacité est optimale lorsque la prise régulière est accompagnée d'une prise en charge psychothérapique. Les antidépresseurs, tout avec les médicaments cités ci-dessus, sont à considérer comme une aide précieuse mais temporaire vers le mieux-être, et surtout pas comme une finalité en soi.

 

Enfin, les neuroleptiques, appelés également antipsychotiques. Ces médicaments sont prescrits sur des périodes longues, et mettent plusieurs semaines à agir dans l'organisme. Ils sont utilisés pour les individus souffrants de troubles psychotiques, comme la schizophrénie par exemple. Les effets de ces médicaments (comme l'Haldol ou le Zyprexa) peuvent varier en fonction de la molécule utilisée, mais leurs visées restent tout de même généralement similaires : ils visent à lutter contre les hallucinations, à atténuer les idées délirantes, à apaiser l'agitation ou l'angoisse, et à améliorer la relation que le patient entretient avec la réalité. Le traitement est relativement lourd, et comporte de nombreux effets secondaires ; mais dans de nombreux cas ils sont tout simplement indispensables pour diminuer le niveau de souffrance vécue par l'individu. Il n'est pas rare que ces médicaments soient prescrits pendant des années. Mais là encore, même si le médicament est indispensable, il n'en sera que plus efficace que si la prise est accompagnée d'un travail thérapeutique qui passe par la parole.

 

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