Une psychanalyse, à notre époque ?

Evry-Courcouronnes, juillet 2019

La psychanalyse voit le jour à la fin du XIXè siècle, avec les travaux de Sigmund Freud. Elle peut être définie ainsi :

- Un procédé d'investigation : Avant d'être une théorie, la psychanalyse est un procédé, une méthode d'exploration de ce que Freud appelle les processus mentaux. 

- Une méthode de traitement : en tant qu'elle propose une procédure qui permette de traiter la souffrance des patients.

- Une théorie du fonctionnement psychique. 

 

Perpétuellement décriée, critiquée, voire même enterrée par certains, la psychanalyse a soulevé depuis sa naissance les foudres de ses détracteurs. Pourtant, la psychanalyse est bien vivante, et les personnes ayant traversé une cure psychanalytique peuvent en témoigner : l'apaisement psychique et corporel qui s'installe après la traversée de leur cure, est bien réel.

 

         Alors, de quoi parle-t-on aujourd'hui lorsqu'il est question de psychanalyse ?

 

Cette discipline a été fondée sur une base théorique et clinique construite en mouvement, et n'a jamais été pensée comme un dogme - malgré la position de certains psys. Lorsque l'on parcourt les Oeuvres complètes de Sigmund Freud, qui s'étalent sur plus de 40 ans, il apparait immédiatement que Freud avance à tâtons, revient sur ses théories, en abandonne certaines, en remanie d'autres, et en laisse volontairement d'autres à la postérité. Freud est un pionnier, et ses travaux nous offrent des repères qui ne nous permettraient pas de travailler comme nous travaillons aujourd'hui. Toutefois, nous ne pouvons aujourd'hui opérer comme il travaillait à l'époque, et faire fi de toutes les avancées théoriques et techniques que ses successeurs comme Jacques Lacan ont pu mettre en place.

 

S'arrêter à Sigmund Freud au XXIè siècle pour un psychanalyste, constitue exactement le même écueil que le mathématicien contemporain qui n'étudierait aucun mathématicien postérieur à Pythagore. Nous n'en sommes plus là, et Freud a écrit en ce sens, pour que ses hypothèses puissent être mises à l'épreuve, actualisées, voire même détruites.

Cela dit, il reste que malgré eux ou non, de nombreux analystes ne rendent pas hommage à la psychanalyse en occupant cette position de maître, de sachant ; il n'y a qu'à allumer la radio ou la télé pour entendre un "psychologue-psychanalyste" donner son avis sur l'infidélité, la PMA, ou les trottinettes électriques. On interprète à tout-va, et on frise bien souvent le ridicule...

 

L'interprétation vraie, c'est celle qui, pendant une séance sur le divan, sort de la bouche du psychanalysant (le patient), celle qui lui échappe, pourrait-on dire. Dans ce paradigme, le psychanalyste est disposé à une écoute qui met de côté son intelligence, sa culture, son savoir, pour que quelque chose puisse advenir chez le psychanalysant. Ce quelque chose sera forcément nouveau, puisque chaque être est au monde d'une manière qui lui est propre. C'est pour cette raison qu'il est impossible d'accueillir une parole nouvelle si le psychanalyste est  dans cette malheureuse position de sachant, ou qu'il est empêtré dans ses propres contradictions - en ayant quitté lui même le divan, ou en négligeant sa formation.

 

La particularité de chaque être et le caractère éminemment subjectif de chaque structuration psychique implique par ailleurs que la psychanalyse ne peut faire l'objet d'une évaluation comparative, comme c'est le cas avec des souris en pharmacologie (évaluation verticale). Il ne peut pas y avoir de point de comparaison entre deux êtres, ni de groupe témoin, mais il n'est pour autant pas question de dénier sa scientificité à la psychanalyse. La méthode employée doit être pensée autrement, comme le propose F. de Amorim, avec l'évaluation horizontale. Cette méthode permet de vérifier avec chaque patient si les techniques et le dispositif mis en place sont valides, ou s'ils doivent être réaménagés, ou détruits. L'enjeu n'est pas de défendre à tout prix un procédé, mais de vérifier rigoureusement pendant son cours et à sa fin, si celui-ci est pertinent ou s'il ne l'est pas.

 

La psychanalyse du XXIè siècle est bien vivante, mais pour le rester, elle ne peut pas céder de cette position qui consiste à être réinventée chaque jour, à chaque séance, et avec chaque patient ; mais avec une éthique, et une rigueur clinique ! Sans cette disposition, elle risque effectivement de glisser vers la pseudo-science, le charlatanisme, et des pratiques douteuses...

 

 

A. Pochez                

Evry-Courcouronnes